L’Homme dieu.

DSCN0276 

Franchir ce portail, entrer dans la chapelle – s’y jeter à genoux – tenir le pari fou – d’un jour croire en elle.

En cette dame triste – en son fils demi-homme, demi-dieu , son fils , ni Homme ni Dieu.

Croire en cette vie éternelle , immortelle ( mon dieu ! que cela doit être long ).

A genoux face aux croix , dressées partout sur terre , instruments de tortures , croire aveuglément , refuser la lumière.

Premier acte de foi , se mettre à genoux , entrer dans la chapelle mettre l’Homme à genoux…où …

Etre Homme sans dieux…debout.

Publicités

L’ombre

Le pas de la porte à peine franchit , l’ombre se profile devant moi sur l’asphalte noire de la route.

Elle me précède sans m’attendre même lorsque j’allonge mon pas, l’accélère. Tenace , elle refuse d’être rejointe, même lorsque le pas se fait de course, elle m’essouffle cette ombre , rien à faire , je renonce et la laisse face à mon pas.

A t-elle sur estimé ses forces? Sur le chemin du retour c’est elle qui peine à me rejoindre, elle qui s’essouffle derrière moi, sur mes pas.  Sans rancune , je lève le pas, l’attends patiemment , rien n’y fait.

Elle me suit tout le long du chemin et …quelques cent mètres avant la maison disparait , sans un mot . Sans un mot dans le ciel ombrageux, dans le ciel soudain nuageux.

14232525_1044699652251927_6023701070947606606_n

Réfugié.

                                                                                              enfants-refugies

Dans nos pays, on appelle les réfugiés des “illégaux”. Ce terme est offensant. Un être humain n’est jamais illégal. Ses actes peuvent l’être, pas son essence.

Autrefois, le mot réfugié avait une résonance profondément humaine.  C’est qu’il y a “refuge” dans réfugié. Et refuge signifiait maison chaleureuse, foyer accueillant, hospitalier.

Le vagabond y trouvait bonheur, fraternité et surtout, protection.

Mais, de nos jours, réfugiés c’est négatif, péjoratif. Privé de patrie, le réfugié est un intrus.

Peut on espérer que ce siècle avant de s’éteindre, mettra fin à cette catégorie sociale et politique ?

Imaginons une communauté humaine sans réfugiés, sans déracinés, sans exilés: construction utopique de l’esprit ?

Le sanctuaire humain est un être qui rêve son humanité.

A l’intérieur, tout est simple: chacun s’y trouve à cause de chacun.

Rêvons du jour où la Terre entière deviendra un Sanctuaire.

                           Extrait du tome II des mémoires d’Elie Wiesel   “…et la mer n’est pas remplie”   (1996)

M’sieur, une pièce, svp.

En balade dans le vieux Marche, un clochard soudainement m’abordât. D’où venait-il ? De la place ou d’une ruelle, qu’importe.Avatar de misère, il me tend le bras, paume en l’air et murmure “M’sieur, une pièce, j’ai faim”.

Voix ferme,sévère. Pas une voix de mendiant, une voix fière, une voix d’humain debout qui m’indique que dans notre monde de richesses où je déambule, un homme main ouverte à faim.

D’instinct ma main cherche ma poche, cherche l’obole qui me donnera bonne conscience, mais ma main reste fixe, sans m’obéir paralysée par la voix qui a faim, par la paume aux cals de misère. Je suis statue devant cette main qui semble m’accuser de toute la misère du monde.

“M’sieur, j’ai faim, une pièce s.v.p “ J’ai envie de le nommer, de mettre un prénom sur ce visage, de le sortir de l’anonymat. Je veux lui donner ces pièces qui son dans ma poche et de nouveau ma main refuse de bouger.thR4TO19HS

Cette scène n’a duré qu’un court instant et m’a semblé éternité.

Croyant perdre son temps, me croyant sourd à sa détresse, aveugle à sa misère,l’homme baisse le bras, ferme la main et disparait et…. c’est alors que mon corps se réveille,que le cœur s’emballe, que mes yeux le cherche, dans la ruelle, sur la place. Je veux crier son nom, je veux qu’il revienne, qu’il reçoive ces quelques pièces, que je voudrais lui offrir plus.

Je veux lui crier que je déteste cette société où des Hommes sont encore obligés de mendier de quoi subsister, cette société qui se préoccupe plus des ors et richesses des puissants que des laissés pour compte.   Peine perdue. 

Jamais, je ne l’ai revu mais chaque fois que mes pas m’emmènent dans ce vieux Marche  je croix entendre sa voix, sa voix aux cents visages, aux cent noms; et il a toujours faim.            

Souvenirs

Elle était là, yeux bleus grands ouverts , yeux dans le vide qui voyaient rien devant elle, ni les arbres ni les oiseaux, ni les passants. Voyait juste sa petite fille qui venait s’assoir toute essoufflée d’avoir joué à la marelle et sauté à la corde.

Elle se retrouvait , jeune ado aux joues rouges, aux yeux pétillants et qui ne savait comment se tenir face au beau gosse qui la regardait.  

     bancs (39) 

Se souvenait d’elle , jeune dame et de cet homme devenu son époux ; des beaux jours et de moins beaux qui défilaient l’un après l’autre. Là aussi pétillaient ses yeux bleus.

Elle regardait devant elle , sans rien voir , même pas la fillette qui souriait en jouant à la marelle.   Yeux ouverts sur son passé.

 

Firmament


Souvent j’ai la tête dans les étoiles. J’aime ce ciel ; les nuits claires , du coin de l’œil , j’regarde la lune , nue , qui le sachant , rosit. 

Pas de quartier pour sa pudeur , elle n’a qu’a se voiler.                                                                                               

Les étoiles , c’est autre chose , elles , elles me sidèrent de leur monde sidéral.  Je pourrais , grâce aux gémeaux , connaître mieux l’à venir , pourtant au travers eux , c’est le passé qui me rejoint.     ciel-etoile                                                                                               
Elles sont si lointaines ces étoiles , il y en a même qui n’existent plus , malgré leur visibilité , leur rayonnement.  Il y en a des milliards de ces étoiles , jusqu’à n’en plus finir , infinie voie lactée.                                                                             
Elles tourbillonnent , s’enroulent , se consument , éclatent , fusionnent , s’espacent dans l’espace , voyageuses infatigables.   Et moi , là en bas , je contemple coi , m’interroge et tente d’imaginer comment c’est , là , loin derrière ces étoiles.                                                                           
Sans réponse je reste là , sous cette voute céleste avec comme seule envie , celle de mieux choyer ma terre.

Pasqua

C’était il y a bien longtemps , des siècles et des siècles .  Légendus , râlant , avait lâché entre ses dents : « Dî djû ! Plus moyen de se promener tranquille à c’t’heure.  » en rencontrant la petite troupe de légionnaires escortant trois gars hirsutes et sanguinolents portant des croix. « Toi là-bas , me crient-ils , aide à porter la croix du barbu, l’plus amoché » Moi j’m’énerve, pas qu’ça à faire….mais eux, ces centurions , veulent rien entendre.

Lui , l’gars que je devais soulager , me regarde de ses yeux cernés , le visage tiré , sale , baigné de sueur , couronne d’épines sur la tête. Je comprends vite qu’il est sans force , l’intello aux mains fines sans cals. On dit qu’il a déjà chuté trois fois et été renié de même.     63321890_p

Alors , de peur de ramasser un coup de lance , j’ai  pris sur moi cette sacrée (pas encore)croix.  J’ai rencontré ses yeux profonds , j’y ais lu de la gratitude.

En haut de la colline , ils ont hissé les croix , y ont cloué les lascars complices et oubliés l’barbu….se sont trompé et m’ont pris moi.  Help !  Nom dî djû ! Erreur judiciaire j’vous crie. N’ont rien voulu entendre.

Voilà l’histoire , l’histoire vraie de vraie. Plus tard , des centaines d’années plus tard , on racontera qu’il est ressuscité , merde alors !